Attaque terroriste à Nice – Témoignage : « Un véritable carnage. C’est impressionnant »

La ville s’était pourtant préparée.

Un camion a foncé dans la foule jeudi soir à Nice, faisant plus de 80 victimes. La préfecture des Alpes-Maritimes évoque un attentat. Les autorités ont demandé aux habitants de la ville de rester cloîtré…
Un véhicule fou chargé d’armes et de grenades a foncé sur la foule rassemblée pour le feu d’artifice ce jeudi soir, peu après 22h30, sur la promenade des Anglais, sur au moins 2 kilomètres. Il y aurait quatre-vingt morts et une quinzaine de blessés en urgence absolue. La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisi de l’enquête. Le suspect serait un Niçois d’origine tunisienne âgé de 31 ans.

Tous les exercices d’anticipation n’auront pas suffi. Dans la nuit de jeudi à vendredi 15 juillet, un homme au volant d’un camion blanc a foncé dans la foule, rassemblée sur la très populaire promenade des Anglais pour les traditionnelles festivités du 14-Juillet. Il a renversé les personnes se trouvant sur son chemin sur une distance de deux kilomètres. 84 personnes ont trouvé la mort, dont plusieurs enfants, et 18 blessés se trouvent toujours en « urgence absolue », selon le dernier bilan du ministère de l’intérieur.

Ces derniers mois, Nice s’était préparée activement à l’hypothèse d’une attaque terroriste.

Un premier test avec le Carnaval

La ville, qui accueille chaque mois de février le troisième carnaval le plus fréquenté du monde après Rio et Venise, avait mis en place un dispositif de sécurité spécifique, coordonné par le ministère de l’intérieur.

Une réunion avait eu lieu le 5 février entre les principaux responsables du département des Alpes-Maritimes et Bernard Cazeneuve, Place Beauvau à Paris. Cette rencontre devait servir à préparer les nombreuses situations compliquées attendues dans la région tout au long de l’année, avec des afflux de touristes pour le festival de Cannes et pour l’Euro de football, lors duquel quatre matches étaient programmés au stade de Nice, l’Allianz Riviera.

Le Carnaval, avec un million de fêtards attendus, avait servi de premier test grandeur nature. « Des renforts conséquents » avaient été accordés à Nice, selon Marcel Authier, le directeur de la police départementale.

Ils venaient s’ajouter aux 400 agents de la police municipale et aux 1 400 membres des forces nationales déjà déployés dans le département. Des démineurs et des chiens renifleurs d’explosif avaient été mobilisés. Par ailleurs, avec ses quinze caméras au kilomètre carré, Nice est l’une des villes les plus quadrillées de France.

Une simulation en vue de l’Euro de football

En amont de l’Euro, Nice avait également dû, comme toutes les villes hôtes, organiser un exercice de simulation, le 8 mars, en présence du GIGN. L’ensemble des forces de sécurité et des services de secours devaient parer à toute éventualité, y compris la pire envisagée à ce moment-là : à savoir un afflux de blessés provoqué par une attaque contre le stade de football.

Dans le scénario d’alors, les personnes devaient être évacuées vers les hôpitaux de Nice, de Cannes et de Monaco. Ceux de Marseille pouvaient également être sollicités, ainsi que l’hôpital militaire de Toulon, spécialisé dans le traitement des grands brûlés. « Toutes les hypothèses seront testées, y compris une attaquenucléaire, radiologique, bactériologique et chimique [NRBC] », promettait à l’époque François-Xavier Lauch, sous-préfet des Alpes-Maritimes.

Sécurisation de la mer

Le dispositif mis en place pour le festival de Cannes prévoyait, lui, la mise en place d’un poste de commandement, doté de moyens de communication et de réseaux informatiques pouvant résister à une cyberattaque. Une attention particulière avait par ailleurs été portée au risque venant de la mer. Tous les bateaux pénétrant dans la baie devaient être contrôlés.

La « sécurisation de la mer » faisait partie des recommandations préconisées par un audit commandé par David Lisnard, le maire (LR) de Cannes, après les attentats du 13 novembre. L’étude avait été conduite par Nitzan Nuriel, un ancien général israélien, qui s’était inspiré des leçons tirées des attentats terroristes menées contre des hôtels à Bombay, en Inde, et dans les gares de Madrid, en Espagne.

Celui de Nice aura déjoué toutes ces prévisions.

Le chauffeur du camion formellement identifié

Jeudi soir, à Nice (Alpes-Maritimes), vers 22h45, quelques minutes après la fin du feu d’artifices sur la Promenade des Anglais fermée à la circulation pour le 14 juillet, un semi-remorque blanc de 19 tonnes a foncé dans la foule des Niçois et des touristes, faisant un carnage sur environ 2 kilomètres. L’attentat a fait 84 morts, dont de nombreux enfants, ainsi que 18 blessés en état d’urgence absolue. Plusieurs témoins ont décrit des scènes d’horreur absolue, avec des corps déchiquetés et des personnes se jetant en contrebas sur la plage pour échapper au camion.

 

«J’ai dû me protéger le visage pour éviter d’être touché par des débris», décrit un journaliste de l’AFP, présent sur place au moment de l’attentat, soulignant avoir vu plusieurs personnes fauchées par le camion. «Il était à une centaine de mètres de moi, j’ai eu à peine quelques secondes pour me dégager», a-t-il encore ajouté.

 

«J’étais dans la rue. Il s’est arrêté juste devant moi après avoir écrasé beaucoup de personnes», raconte Nader à BMFtv. Lui et un autre homme ont «essayé alors de parler au chauffeur pour qu’il s’arrête. Il semblait nerveux. Il y avait une fille sous le véhicule, il l’a écrasée. L’homme a côté de moi l’a tirée», poursuit-il. Selon Nader, le chauffeur a sorti un pistolet et a commencé à tirer sur la police. C’est à ce moment là qu’«ils l’ont tué, il avait la tête qui sortait».

«On a vu des centaines de personnes se précipiter pour rentrer se mettre à l’abri», décrit Marie, 37 ans, agent de sécurité à la Villa Masséna, qui accueillait à deux pas des lieux de l’attaque une soirée festive en ce 14 juillet. «Il y avait des enfants, ça se piétinait…», raconte-t-elle, encore très impressionnée alors qu’elle rentre à son domicile vers 3 heures du matin ce vendredi, dans les rues désormais vides de la ville, où patrouillent encore de nombreux militaires et membres de forces de l’ordre lourdement armés. «Ce qui m’a le plus choquée, c’est de voir des gens filmer tout ca. Il y avait un jeune qui filmait un blessé à terre quasiment en train de mourir…», raconte-t-elle encore.

Dans l’établissement où elle travaille, les rescapés ont peu à peu retrouve le calme : «On a distribué des bouteilles d’eau, on a fait ce qu’on pouvait. Il faut vraiment saluer les policiers et les secours», raconte-t-elle.

 

«Il régnait une grande confusion. Je ne me souviens pas d’avoir vu le camion avancer», a témoigné sur l’Australian Broadcasting Corporation Emily Watkins, une Australienne présente à quelques dizaines de mètres de l’attaque. «On entendait beaucoup de cris venant de l’endroit où était le camion, les gens couraient vers nous et sans vraiment savoir ce qu’il se passait, on s’est retournés et on s’est mis à courir aussi», a-t-elle poursuivi. «En courant, on a entendu ce que j’ai pris à ce moment-là pour des feux d’artifice ou des pétards», a-t-elle aussi ajouté. «Les gens trébuchaient, essayaient de rentrer dans les hôtels, les restaurants, les parkings, partout où ils pouvaient éviter d’être dans la rue».

Devant le Palais de la Méditerranée, quelques heures après l’attentat, le camion blanc, dont le conducteur a été abattu, était encore immobilisé, les pneus crevés, la porte passager criblée d’impacts de balles. Sur la Promenade des Anglais, des dizaines de corps sont alignés, recouverts d’un drap blanc, autant de victimes du poids lourd. La place Masséna, en plein centre de Nice, est bouclée, la Promenade des Anglais également. Un restaurateur dont l’établissement est pourtant situé à une certaine distance des lieux de l’attaque s’étonne d’avoir vu débarquer des personnes «traumatisées« chez lui. «Tout le monde a eu très peur», confie-t-il à l’AFP par téléphone.

14 juillet, 22h30

Un camion fonce sur la foule

A Nice (Alpes-Maritimes), un camion blanc fonce dans la foule réunie sur la Promenade des Anglais pour le feu d’artifice. Il parcourt environ 2 km. A ce stade, personne ne sait s’il s’agit d’une attaque terroriste.

(AFP / Valery Hache.)

 

14 juillet, 22h50

Le conducteur tué

Le conducteur du camion est tué. Certaines sources évoquent un autre suspect en fuite. Des dizaines de personnes ont été écrasées.

14 juillet, 23h20

Les habitants priés de rester chez eux

La préfecture du Var demande aux habitants de rester chez eux. Le secteur de la Promenade des Anglais est bouclé. Une cellule d’urgence médico-psychologique est activée au centre universitaire méditerranéen. On parle d’une trentaine de morts.

14 juillet, 23h30

Panique sur la Promenade

Touristes et Niçois se dispersent dans la panique. Les clients des restaurants et des bars sont confinés dans les établissements voisins.

(AFP / Valery Hache.)

15 juillet, 0h20

Hollande rentre en urgence

Le président se trouvait à un dîner privé à Avignon (Vaucluse). Il rentre en urgence à Paris, direction la cellule de crise mise en place au ministère de l’Intérieur.

15 juillet, 0h25

Rumeur de prise d’otage ?

Sur les réseaux sociaux, la rumeur d’une prise d’otage dans un restaurant ou dans un hôtel se propage. Ce n’est pas le cas.

15 juillet, 0h30

#PorteouverteNice

Comme lors des attentats de Paris, la solidarité s’organise dans la rue mais aussi sur les réseaux sociaux. Les Niçois ouvrent leurs portes aux passants paniqués.

15 juillet, 0h40

Le plan Orsec déclenché

Le plan d’Organisation de la réponse de sécurité civile permet de faire face à des catastrophes naturelles, industrielles ou sanitaires. Le plan blanc est aussi déclenché dans les hôpitaux.

15 juillet, 0h45

Au moins 60 morts…

Le bilan ne cesse de s’alourdir. Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, parle d’au moins 60 morts selon le décompte des pompiers. Mais les secours s’activent encore. De nombreuses personnes sont repêchées alors qu’elles se sont jetées à la mer.

(AFP / Valery Hache.)

15 juillet, 1h15

Enquête ouverte à Paris

La section anti-terroriste du parquet de Paris se sait de l’enquête.

15 juillet, 1h20

Des armes dans le camion

Selon l’ancien maire de Nice (LR), Christian Estrosi, le véhicule qui a foncé dans la foule transportait des armes à feu et des grenades.

15 juillet, 2 heures

Au moins 77 morts…

Le bilan s’alourdit encore. Certains témoins parlent de blessés par balles. Sans confirmation officielle.

15 juillet, 3h30

Cellule psychologique

La cellule psychologique est prête à Nice pour accueillir les victimes, leurs proches et les personnes qui se trouvaient à proximité.

15 juillet, 3h35

Des papiers d’identité

Des papiers d’identité sont retrouvés dans le camion. L’AFP parle d’un Franco-Tunisien. L’homme serait âgé de 31 ans.

15 juillet, à 3h45

Hollande : «Le caractère terroriste ne peut être nié»

Dans une courte allocution télévisée, le président François Hollande assure que le gouvernement ne baissera pas les bras face à «cette attaque, d’une violence absolue, dont le caractère terroriste ne peut être nié». Il évoque un bilan provisoire de 77 morts.

15 juillet, 3h40

Etat d’urgence prolongé

«L’etat d’urgence, qui devait prendre fin le 26 juillet, sera prolongé de 3 mois. Un projet de loi sera soumis au parlement d’ici la fin de semaine», annonce François Hollande

15 juillet, à 4 heures

Plus de 80 morts

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve fait part d’un nouveau bilan de 80 morts et évoque 18 personnes blessées et hospitalisées en urgence absolue.

15 juillet, à 6 heures

Confirmation des tirs du conducteur

Le conducteur «avait fait feu plusieurs fois» avant d’être abattu, confirme Christian Estrosi après de nombreux témoignages en ce sens. Selon une source proche des enquêteurs, il a tiré «avec un pistolet».

15 juillet, à 7h25

Toujours 18 blessés graves

Le bilan des morts passe à 84 personnes. 18 blessés sont encore en état d’urgence absolue. Et de nombreux avis de recherche sont lancés sur les réseaux sociaux.

15 juillet, à 9 heures

Conseil de Défense à l’Elysée

«Nous faisons face à une guerre, insiste-t-il. Le but des terroristes est d’installer la peur et la panique mais la France est une grande démocratie qui ne se laissera pas déstabilisée», assure Manuel Valls à la sortie du Conseil de Défense.

15 juillet, à 9h30

Perquisition au domicile du suspet

Une perquisition est en cours au domicile du conducteur du camion qui a été abattu. Une pièce d’identité avait été retrouvée dans le camion.

15 juillet, à 10h30

Trois jours de deuil national

François Hollande décrète trois jours de deuil national.

 


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